
Vomi par la France, trahi par Ahidjo et ennemi juré de l’UPC, André Marie Mbida était le mal aimé de la période de l’indépendance.
En 1957, la loi cadre Defferre accorde au Cameroun l’autonomie interne, et André Marie Mbida devient le tout premier Premier Ministre du Cameroun, Chef du gouvernement.
Homme de caractère et au franc-parler légendaire, sa franchise et ses positions carrées sur certaines questions vont le mener dans un bras de fer contre tout le monde. « L’homme a été à sa manière un nationaliste, voulant une bonne formation pour les jeunes pour mieux gérer l’indépendance », déclare Jean Messina, historien.
Dans une allocution à l’ONU en mars 1957 sur la question de l’indépendance, il va opter pour une indépendance progressive et négociée avec les français. Le Premier Ministre va demander un délai de cinq à dix ans pour former les cadres à la gestion, bâtir l’Etat. « Donnez-nous 5 à 10 ans pour former nos cadres, bâtir notre administration. Sinon ça sera le chaos ». Une option pas du tout favorable à Paris. Il va également combattre l’UPC qui lutte pour une indépendance immédiate, contribuant même à la traque des membres du parti. « Et c’est pourquoi on a dit avec exagération qu’il était opposé à l’indépendance immédiate du Cameroun » rajoute l’historien.
En 1958, il est lâché par la France qui préfère un dirigeant plus soumis. Son gouvernement tombe et est remplacé par Ahidjo. Il va passer dans l’opposition traitant ce dernier de « Pantin et marionnette » de la France. Il ne prendra d’ailleurs pas part à ce qu’il qualifiait « d’indépendance bâclée » en 1960. « Il avait des valeurs qu’il cultivait. C’est quand même lui qui a choisi les armoiries de l’Etat lorsqu’il était premier ministre. Il les a bien choisies. Mais il avait une sensibilité politique qui ne tenait pas beaucoup compte de l’opinion des autres », conclut Jean Messina.
Accusé de « subversion », il va purger trois ans d’emprisonnement ferme de 1962 à 1965. Il s’exile en France en 1968 où il mourra deux ans plus tard dans l’anonymat.
Le 02 mai dernier l’on commémorait son décès. Toutefois, la raison de la lutte d’André Marie Mbida dans le contexte camerounais récent conduit inéluctablement vers une question simple : André Marie Mbida n’avait-il pas eu raison trop tôt ?
Giovanni Minsa- Journaliste Made in Cameroon Mag













