Quand les animaux de compagnie deviennent des proies
À Bafang, voir disparaître son chien ou son chat n’a malheureusement plus rien d’exceptionnel. Selon plusieurs jeunes interrogés par Cameroon Tribune le quotidien à capitaux publics, la viande de chien et de chat est désormais consommée par une partie de la population, principalement parce qu’elle ne coûte absolument rien. Le raisonnement est simple, un poulet ou un kilogramme de bœuf représente une dépense que beaucoup ne peuvent plus assumer. Un chien errant, lui, ne coûte rien. Il suffit de le capturer. Mais le problème est loin de s’arrêter aux animaux abandonnés. De plus en plus de propriétaires affirment que leurs chiens ou leurs chats disparaissent mystérieusement après être sortis de la cour. Aujourd’hui, laisser son animal se promener librement est devenu un véritable risque.
La faim, bien plus que la tradition
Certains pourraient être tentés d’expliquer cette pratique par la culture, en évoquant certains pays d’Asie où la consommation de viande de chien existe depuis longtemps dans des filières d’élevage bien encadrées. À Bafang, la réalité est tout autre. Il n’existe ni élevage spécialisé, ni tradition locale solidement ancrée autour de cette consommation. Ce qui pousse certains habitants à manger cette viande, c’est avant tout une curiosité gourmande. Cette différence est essentielle. Lorsqu’une viande fait partie des habitudes alimentaires, elle provient généralement d’un élevage organisé. Ici, on capture simplement les animaux disponibles, sans contrôle, sans renouvellement et sans aucune perspective à long terme. C’est une logique de découverte immédiate.
Une situation qui soulève plusieurs inquiétudes
Au-delà de l’émotion, cette pratique pose de véritables questions de santé publique. Les animaux capturés vivent souvent dans la rue. Personne ne connaît leur état sanitaire, les maladies qu’ils peuvent transporter ou ce qu’ils ont consommé avant d’être abattus. Leur viande peut donc représenter un risque réel pour les consommateurs. Le phénomène soulève également un problème de sécurité. Lorsqu’un animal domestique disparaît dans une cour fermée, cela signifie que quelqu’un est entré sur une propriété privée pour le voler. Aujourd’hui, il s’agit d’un chien. Demain, ce pourrait être tout autre bien. Enfin, cette situation touche aussi à la relation entre les familles et leurs animaux de compagnie. Pour beaucoup d’enfants, un chien ou un chat n’est pas seulement un animal, c’est un compagnon qui partage leur quotidien. Le voir disparaître pour finir dans une assiette est une épreuve difficile à accepter.
Ce que révèle réellement cette crise
L’histoire de Bafang dépasse largement la simple question de la consommation de viande de chien. Elle raconte surtout jusqu’où peut conduire la pauvreté. Quand les revenus diminuent, que les prix augmentent et que certaines familles peinent déjà à assurer un repas par jour, les habitudes alimentaires changent. Ce qui semblait impensable hier devient une solution de survie aujourd’hui. Il serait donc trop facile de se contenter de condamner ceux qui consomment cette viande. La véritable question est de comprendre pourquoi certains en sont arrivés là.
Plus qu’une indignation, des réponses sont attendues
Bafang n’est probablement que la partie visible d’un phénomène plus large. À mesure que le coût de la vie augmente et que le pouvoir d’achat s’effrite, des pratiques autrefois marginales semblent apparaître dans plusieurs localités du Cameroun. Derrière chaque chien ou chat qui disparaît se cache peut-être une famille qui peine à se nourrir, mais aussi une société confrontée à des choix qu’elle n’aurait jamais imaginés faire. Plus qu’une histoire d’animaux, c’est le miroir d’une crise sociale qui interpelle tout le pays. La véritable urgence n’est donc pas seulement de protéger les animaux domestiques, mais de s’attaquer aux causes profondes qui poussent certains à voir dans un compagnon de cour… un repas succulent.















