Le nom du nouvel organisme est sans détour : Comité pour la Justice Équitable au Cameroun. À sa tête, Fabienne Caron. À ses côtés, en présidente d’honneur, une pointure de la politique française : Martine Aubry, ancienne maire de Lille. Le symbole est fort, et il est assumé.
Un homme, un dossier, trois ans de détention
Le comité n’a pas choisi la facilité pour son premier combat. Il s’attaque directement au cas de Jean-Pierre Amougou Belinga, patron du groupe de presse L’Anecdote, propriétaire de la chaîne Vision 4, détenu depuis l’assassinat de Zogo et aujourd’hui jugé devant le tribunal militaire de Yaoundé aux côtés de seize autres accusés.
Le procès, ouvert sur le fond en 2024, s’est étiré au fil d’innombrables recours et exceptions de procédure. Début 2026 encore, la cour d’appel rejetait une nouvelle demande de libération provisoire pour Amougou Belinga, tout comme celles formulées pour plusieurs de ses co-accusés.
Mais le dossier a pris un tour inattendu ces dernières semaines. Lors des audiences de juin, un expert a révélé que seulement une fraction des appareils saisis attribués à l’homme d’affaires avait pu être réellement exploitée, le téléphone qui l’aurait lié directement au lieutenant-colonel Justin Danwe, présenté comme le cerveau opérationnel de l’enlèvement, demeurant introuvable. Un second expert est arrivé à une conclusion similaire fin juin : aucun lien matériel direct établi entre Amougou Belinga et l’assassinat. Les demandes de contre-expertise formulées par la partie civile ont été rejetées.
Dans le même temps, un autre nom a commencé à circuler dans les prétoires : celui de Modeste Mopa Fatoing, ancien directeur général des Impôts, jamais cité jusque-là dans cette affaire, mais dont des échanges avec Justin Danwe intriguent désormais les enquêteurs. La prochaine audience se tiendra les 13 et 14 juillet.
C’est dans ce climat de rebondissements et de zones d’ombre persistantes que le comité lillois choisit d’agir.
« Nous ne sommes ni un parti, ni un lobby »
Fabienne Caron pose d’emblée le cadre de sa démarche, loin de toute posture partisane :
« Notre comité est né d’un devoir moral : celui de défendre la justice lorsqu’elle semble vaciller, où qu’elle se trouve. »
Sa méthode tient en quatre verbes qu’elle égrène comme une feuille de route : observer les procédures, documenter les faits, alerter les institutions en cas d’incohérence, dialoguer avec les autorités camerounaises et françaises.
Sur le choix du dossier Amougou Belinga, elle refuse de trancher sur la culpabilité ou l’innocence de l’accusé, préférant interroger le fonctionnement même de la procédure : trois années de détention préventive, des expertises qui se contredisent, des témoignages fragiles. Pour elle, ce sont là les ingrédients classiques d’une vigilance citoyenne justifiée, au nom de standards de justice qui devraient être les mêmes partout.
Interrogée sur la sensibilité diplomatique du sujet, la présidente ne recule pas : le Cameroun, dit-elle, reste un pays ami de la France, et une amitié sincère n’exclut pas la franchise lorsqu’une procédure judiciaire semble s’écarter de ses principes fondateurs.
Bâtir des ponts, pas des murs
Le comité se présente comme un espace de dialogue entre sociétés civiles française et camerounaise, refusant toute posture de donneur de leçons. Fabienne Caron y voit une démarche fraternelle plutôt que hostile, portée par l’idée que la justice constitue un bien commun universel. Avec le patronage moral de Martine Aubry, la structure espère rallier juristes, universitaires, journalistes et défenseurs des droits humains des deux côtés de la Méditerranée.
Le dossier Zogo-Amougou Belinga ne sera pas le seul suivi par le comité, qui annonce vouloir élargir son champ d’observation à d’autres procédures, camerounaises ou non, où l’équité semble menacée.
À Yaoundé, le tribunal militaire, lui, poursuit son travail sans se soucier des regards venus d’ailleurs. Les 13 et 14 juillet, une nouvelle audience s’ouvrira, et avec elle, peut-être, un peu plus de la vérité que tout un pays attend depuis plus de trois ans. Reste une question, simple et redoutable, que ni Lille ni Yaoundé ne peuvent encore trancher : la justice a-t-elle besoin d’observateurs venus de loin pour rester juste, ou est-ce précisément le signe qu’elle a déjà cessé de l’être ?













