Mort du mari, début des soucis pour la veuve
Chaque année, le 23 juin, la Journée internationale des veuves rappelle au monde une réalité souvent ignorée : derrière la disparition d’un époux se cache parfois une autre tragédie, celle de la femme qui reste. Pour certaines femmes, la perte du conjoint marque le début d’une succession d’épreuves. Alors qu’elles devraient être accompagnées et protégées, certaines se retrouvent confrontées à des soupçons, à des accusations, voire à des humiliations. Dans certaines familles, la veuve doit encore prouver qu’elle n’est pas responsable de la mort de son mari. Elle devient en quelque sorte l’ennemi numéro un à abattre par tous les moyens.
Elle a tué son mari ; elle doit payer
En Afrique en général et au Cameroun en particulier on ne meurt jamais de mort naturelle et si un homme marié meurt c’est forcement sa femme qui l’a tué. La présomption d’innocence n’existe par ici seule la présomption de culpabilité règne. On ne veut rien entendre, rien écouter. Elle n’a rien à dire la veuve d’ailleurs qui est-elle pour parler ? à croire que l’enterrement de son mari enterre egalement ses droits humains fondamentaux. On ne s’arrête pas qu’aux accusations ;la veuve est persécutée et traitée de la plus ignoble des manières tant qu’elle n’a pas prouvé son innocence. Dans certaines cultures on la fera dormir toute seule dans une chambre lugubre avec le cadavre de son mari pendant plusieurs jours ; chambre dans laquelle elle n’aura droit qu’à un seul repas par jour sans possibilité de sortir se baigner ni de communiquer avec quiconque ainsi pendant plusieurs jours. Au sortir de là elle aura encore d’autres cérémonies à faire pour pr
Les us et coutumes de la veuve
La veuve doit parfois porter des vêtements noirs ou des tenues spécifiques pendant une période déterminée. Dans certaines communautés, elle ne peut pas participer à certaines cérémonies ou festivités. Le rasage des cheveux est également obligatoire pour elle ;rasage qui se fait la plupart du temps à la lame de rasoir et avec des coups de chicotte si la personne qui le fait a une dent contre elle.
Dans certains groupes ethniques, le rasage de la tête symbolise le deuil, la purification ou la rupture avec la vie conjugale passée.
La veuve sera soumise à des rites de purification supposés enlever le mauvais œil et rompre définitivement tout lien avec son defunt mari. Ces pratiques varient énormément selon les régions et les communautés.
Le lévirat ou lavage de la veuve
Il ne s’agit pas ici de lui faire prendre un bain mais plutôt une façon de violer son intimité en lui imposant d’avoir des relations intimes avec un des frères du défunt. C’est une Pratique encore très répandue dans certaines communautés africaines, consistant à encourager ou parfois à imposer à la veuve d’épouser un frère ou un parent du défunt afin de maintenir les liens familiaux et la protection du foyer.
Pour justifier ces pratiques on dit que le corps de la veuve ne lui appartient vu qu’elle a été dotée par son mari oubliant qu’une femme n’est pas un objet qu’on peut échanger contre une chèvre et un peu de vin.
Le dépouillement financier
« Ce sont les choses de notre frère, elle n’a droit à rien» la veuve entend cette phrase au quotidien comme une chanson pour lui rappeler qu’elle doit oublier les biens de son mari
Des maisons changent de propriétaires du jour au lendemain. Des terres sont revendiquées. Des héritages sont contestés. Des comptes bancaires deviennent inaccessibles. Et pendant que les procédures se multiplient, les enfants continuent d’avoir faim, de devoir aller à l’école et de grandir.
Le paradoxe est frappant. Celle qui a parfois passé des années à construire un foyer peut soudain devenir étrangère dans sa propre maison. Dans certaines cultures la femme rembourse tout ce qu’elle a mangé pendant toute la période de travail de leurs frères. Ainsi ses belles sœurs dressent à son intention une vaste liste de nourriture et de boisson qu’elle devra leurs remettre en guise de remboursement
A quoi ressemble le quotidien d’une veuve
On aimerai bien dire qu’après les rites de veuvages tout se termine comme dans les films de cendrillon mais la vérité est que la vie d’une veuve ressemble à jumandji, un film d’action où survivre devient son quotidien. Dans une société patriarcale ou le budget financier de la famille repose très souvent sur le mari lorsque celui-ci décède la manne ne tombe pas du ciel et la veuve qui n’a peut-être jamais travaillé de sa vie, qui ne sait pas comment on paie un loyer doit commencer à gérer tout cela car il faut le dire de nombreuses veuves au Cameroun vivent dans la précarité.
Pour celle qui n’ont pas de problème sur le plan économique elles doivent faire face à la dure réalité de reconstruction féminine ; il est souvent très difficile pour elles de se mettre dans une nouvelle relation car la société trouvera toujours que c’est trop tôt ou dira qu’elle n’a pas eu assez d’affection pour son mari ; aux hommes qui courtisent les veuves ont leur dit souvent qu’elles sont maudites et spirituellement très nocives décourageant ainsi tout candidat. la veuve se voit donc condamnée à la solitude ou contrainte de cacher son statut de veuve comme ce fût le cas de Anna (nom d’emprunt)qui pour pouvoir se remarier a changé de région et fait croire à son nouveau compagnon que son ex conjoint l’a quitté quand il a eu son visa pour le Canada. Elle lui a caché son statut de veuve car son nouveau compagnon lui a clairement notifié son aberration pour les veuves dès leur première conversation.
L’Etat, garant de la veuve
Le Cameroun a accompli des progrès en matière de protection juridique des femmes. Mais les textes de loi ne suffisent pas toujours à effacer certaines pratiques ou certains préjugés profondément enracinés. C’est pourquoi la Journée internationale des veuves ne doit pas être réduite à une simple commémoration. Elle doit être un appel à l’action.
Certains organismes tel que Human Welfare Association militent pour l’inclusion des veuves dans les dynamiques de développement qui est d’ailleurs un impératif moral et économique. Certaines mairies et autres organismes publics et privés organisent parfois pour des veuves des campagnes de santé et des journées de distributions de kits de premières nécessités. D’autres encore choisissent d’investir dans leur autonomisation pour un rendement à long terme bénéfique à tous.
Chacun d’entre nous doit reconnaître que derrière le mot “veuve” se trouve avant tout une femme, une mère, une sœur, une citoyenne et la traiter avec égard et compassion.
Aujourd’hui, nous rendons hommage à celles qui continuent d’avancer malgré l’absence. À celles qui transforment la douleur en courage. À celles qui refusent de laisser le deuil définir leur avenir.
















