Horreur de Folap dans le Noun
Un enfant de deux ans est mort. Et selon les informations rapportées depuis la localité, une fillette de 12 ans serait impliquée dans ce drame. Elle aurait utilisé une machette pour s’en prendre à l’enfant. La scène est difficile à imaginer. Encore plus difficile à accepter lorsqu’on réalise que la personne mise en cause est elle-même une enfant. La fillette et sa mère auraient été interpellées par la gendarmerie. Une enquête est en cours pour établir les circonstances exactes des faits et surtout comprendre ce qui a pu se passer. Les motivations de la jeune fille restent inconnues. Et c’est peut-être là que commence la vraie question.
Qu’est-ce qui peut conduire une enfant de 12 ans à une violence aussi extrême ?
Ce n’est pas seulement une histoire de gendarmerie. Bien sûr, la gendarmerie doit enquêter. Les faits doivent être établis. Les responsabilités doivent être déterminées. Mais cette histoire ne devrait pas s’arrêter au procès-verbal d’enquête. Parce qu’à 12 ans, on ne parle pas d’une adulte qui aurait simplement décidé de franchir une ligne rouge. On parle d’une enfant qui est encore en train de se construire. Cela ne diminue évidemment pas la gravité de la mort du petit enfant de deux ans. La famille de la victime vient de perdre un des leurs et aucune explication ne pourra effacer cette douleur. Mais il faut aussi essayer de comprendre pas pour excuser mais Pour prévenir. Car si cette enfant avait effectivement commis cet acte, la question sera de savoir ce qui s’est passé dans sa tête, mais aussi autour d’elle.
Qu’est-ce qu’on ne voyait pas ?
C’est probablement la question la plus dérangeante. Avant le drame, qui était cette fillette ? Comment se comportait-elle à la maison ? À l’école ? Avec les autres enfants ? Était-elle particulièrement agressive ? Vivait-elle des conflits ? Avait-elle subi des violences ? Était-elle exposée régulièrement à des scènes de violence ? Avait-elle des problèmes psychologiques ou émotionnels ? Avait-elle déjà manifesté des comportements inquiétants ? Nous n’en savons rien pour le moment. Et c’est justement pour cela qu’il faut se méfier des conclusions faciles. Sur les réseaux sociaux, il sera tentant de parler de « folie », de « sorcellerie », de « mauvaise éducation » ou de tout autre explication immédiate.
Mais une affaire aussi grave mérite mieux que des suppositions.
Un enfant violent n’est pas forcément un « enfant méchant »
Dans nos sociétés, lorsqu’un enfant fait quelque chose de grave, le réflexe est souvent de chercher un coupable avant de chercher à comprendre. On dira qu’il est mauvais, qu’il est mal élevé. Parfois, on ira jusqu’à parler de possession ou de sorcellerie. Pourtant, un comportement violent peut avoir des causes multiples. Un enfant peut être confronté à des traumatismes. Il peut être victime de violences. Il peut être exposé à un environnement familial très conflictuel. Il peut avoir développé des troubles du comportement. Il peut également être confronté à une détresse psychologique que personne n’a identifiée. Cela ne signifie pas qu’un enfant violent est nécessairement victime de quelque chose.
Cela signifie simplement que nous ne pouvons pas savoir sans chercher. Et dans le cas de Folap, cette recherche sera essentielle.
Chez nous, combien d’enfants souffrent en silence ?
C’est une question que cette affaire devrait également poser aux parents. Nous connaissons tous des enfants qui changent. Un enfant qui devient soudainement agressif. Un enfant qui s’isole. Un enfant qui ne parle plus. Un enfant qui fait des crises à répétition. Un enfant qui frappe ses camarades. Un enfant qui menace. Un enfant qui fait preuve d’une cruauté inhabituelle. Souvent, on répond : « C’est un enfant, ça va passer. » Parfois, effectivement, ça passe mais parfois, non. Le problème est que dans beaucoup de familles, la souffrance psychologique d’un enfant est difficile à identifier et encore plus difficile à prendre en charge. Le psychologue reste pour beaucoup un luxe, quand il n’est pas tout simplement absent du parcours de l’enfant. Alors on corrige, on gronde, on frappe. Et on espère que le problème disparaîtra. Pourtant on pourrait également recourir à des spécialistes en psychologie de l’enfant.
La violence comme méthode d’éducation
Il faut aussi avoir le courage de parler de ce sujet. Dans de nombreuses familles, frapper un enfant reste considéré comme une méthode d’éducation parfaitement normale. Mais lorsqu’un enfant grandit dans un environnement où la violence sert à régler les problèmes, il peut finir par apprendre que la force est un moyen acceptable de résoudre un conflit. Attention toutefois : cela ne veut pas dire qu’un enfant battu deviendra un meurtrier. Ce serait une conclusion aussi fausse que dangereuse. La violence familiale peut être un facteur parmi d’autres. Elle ne permet pas, à elle seule, d’expliquer un passage à l’acte aussi grave. Dans le cas de Folap, seule une véritable enquête pourra permettre d’aller plus loin.
Et la machette ?
Dans certaines zones rurales du Cameroun, la machette fait partie du quotidien. Elle sert à travailler dans les champs, à débroussailler, à couper. Ce n’est donc pas, en soi, la présence d’une machette qui constitue le problème. Mais lorsqu’un enfant peut accéder à un outil aussi dangereux sans surveillance, la question de l’encadrement mérite d’être posée.
Qui surveille les enfants ?
À quel moment peuvent-ils accéder à certains objets ? Que font-ils lorsqu’ils sont seuls ? Qui sait réellement ce qu’ils vivent ? Ce sont des questions simples, mais essentielles.
La victime, elle, avait deux ans
Dans cette avalanche de questions autour de la jeune fille de 12 ans, il ne faut surtout pas oublier celui qui a perdu la vie.
Un enfant de deux ans qui, probablement, ne pouvait même pas comprendre ce qui lui arrivait. Sa famille vient de l’enterrer. Derrière les images et les commentaires qui circuleront sur les réseaux sociaux, il y a une maison désormais silencieuse, des parents qui devront apprendre à vivre avec l’absence et une communauté qui cherche à comprendre l’incompréhensible. Le deuil de cette famille doit rester au centre de l’affaire.
Mais il y a aussi une autre victime potentielle
C’est là toute la complexité de cette histoire.
Si les faits sont confirmés, une enfant de 12 ans se retrouvera elle aussi avec un événement qui risque de marquer toute son existence. Cela ne doit évidemment pas faire oublier la victime. Mais cela pose une autre question : que fait-on d’un enfant qui commet un acte d’une telle gravité ?
La réponse ne peut pas être uniquement punitive. Il faudra évidemment que la justice fasse son travail. Mais il faudra également comprendre son parcours, son état psychologique, son environnement familial et son niveau de compréhension des conséquences de ses actes.
Parce qu’à 12 ans, enfermer une enfant dans une seule étiquette « criminelle », « folle », « monstre » ne permettra pas de comprendre ce qui s’est réellement passé.
Folap avait déjà été secoué
Ce qui rend cette nouvelle encore plus troublante, c’est qu’elle intervient quelques semaines après un autre drame rapporté dans la même localité : deux frères auraient mortellement étranglé leur mère.
Il serait évidemment hasardeux de voir un lien entre les deux affaires. Mais leur succession interpelle. Et elle devrait au minimum pousser les autorités locales, les responsables communautaires, les familles et les acteurs sociaux à regarder de plus près ce qui se passe dans les familles. Parce que derrière certains drames, il existe parfois des conflits anciens, des violences répétées, des traumatismes, des problèmes psychologiques ou des situations sociales que personne n’a voulu voir.
















