La rencontre a débuté par un mot de bienvenue, suivi de la présentation des membres du personnel. Les visiteurs ont ensuite effectué une visite guidée par Mme Aurore Chancelle Ekani Bomba, responsable du centre de santé La Solidarité, permettant de découvrir son environnement de travail, ses différents services et son expérience dans la prise en charge des patients.

Mais le temps fort de cette rencontre était sans conteste la séance de travail consacrée au projet de renforcement des capacités d’accueil et de prise en charge post-hospitalière des patients atteints de troubles mentaux.
Une réponse à une rupture encore trop fréquente après l’hospitalisation

Présenté aux visiteurs suisses, le projet porté par trois professionnels de la santé mentale, à l’instar de Mme Bagnekeng Nadège, infirmière supérieure spécialisée en santé mentale, Aurore Chancelle Ekani Bomba, infirmière supérieure spécialisée en santé mentale, et Longang Seumou Gires, psychologue clinicien, part d’un constat majeur : la sortie de l’hôpital ne signifie pas nécessairement la fin des difficultés pour une personne souffrant de troubles mentaux sévères.
Après la stabilisation clinique, certains patients peuvent être confrontés à la rupture du suivi médical, à la perte des liens familiaux, à la stigmatisation ou encore à des difficultés sociales et économiques. Ces facteurs peuvent compromettre la continuité des soins et favoriser les rechutes ou, dans les situations les plus complexes, l’errance. Le projet identifie ainsi la période post-hospitalière comme un moment particulièrement critique dans le parcours du patient. Face à cette réalité, le Centre de Santé La Solidarité souhaite développer un dispositif de soins de transition, capable de faire le lien entre l’hôpital, le patient, sa famille et sa communauté.
Un projet construit autour de la réhabilitation et de la réinsertion
Le projet présenté prévoit notamment le renforcement des capacités d’accueil du centre à travers la finalisation et l’équipement d’un nouveau bâtiment de 25 lits, destiné à la prise en charge et à la réhabilitation psychosociale des personnes atteintes de troubles mentaux. L’ambition ne se limite pas à augmenter la capacité d’accueil. Le projet prévoit également de garantir la disponibilité des médicaments et intrants de santé mentale, de développer un accompagnement psychosocial individualisé, de reconstruire les liens familiaux et de faciliter la réinsertion socio-économique des patients stabilisés.
Autrement dit, il s’agit de passer d’une logique de prise en charge de la crise à une logique de parcours, où le patient est accompagné au-delà de la phase aiguë de la maladie.
Une infrastructure pour accompagner autrement
Le Centre de Santé La Solidarité dispose déjà d’une équipe pluridisciplinaire comprenant notamment des médecins, psychiatres, psychologues, infirmiers spécialisés, travailleurs sociaux et agents de santé communautaire. Un nouveau bâtiment de 25 lits est par ailleurs en cours de construction pour renforcer les capacités de réhabilitation psychosociale. L’enjeu présenté aux visiteurs est donc également celui de la mobilisation de partenaires techniques et financiers capables d’accompagner cette évolution.
Le projet, prévu sur une période de 24 mois, prévoit notamment l’équipement des locaux, la sécurisation des médicaments psychotropes, la mise en place d’un programme d’accompagnement psychosocial et la facilitation de la réinsertion des patients dans leur environnement familial, communautaire et socio-économique.
La rencontre comme espace de dialogue


Pour les visiteurs venus de Suisse, cette séance de travail a constitué une occasion de mieux comprendre les réalités auxquelles sont confrontés les patients et les professionnels de santé mentale dans le contexte camerounais. Les échanges ont permis de présenter les besoins du centre, mais aussi sa volonté de développer une prise en charge davantage centrée sur la continuité des soins, la famille et la réinsertion socio-professionnelle.
Cette dimension donne tout son sens au voyage pédagogique : découvrir, comprendre, échanger et éventuellement faire naître de nouvelles possibilités de collaboration. La journée s’est achevée dans une ambiance conviviale, après les différents temps de présentation, de visite et de travail.


Au-delà d’une visite, une rencontre autour d’une vision
La présence de ces visiteurs suisses au Centre de Santé La Solidarité aura ainsi permis de mettre en lumière une problématique essentielle de la santé mentale : comment éviter qu’une personne stabilisée à l’hôpital ne soit laissée seule face aux difficultés de son retour dans la communauté ?
À travers son projet, le Centre de Santé La Solidarité entend apporter une réponse structurée à cette question : soigner, accompagner, reconstruire les liens et préparer le retour à une vie aussi autonome que possible. Une vision qui place la personne au-delà de sa maladie et qui rappelle qu’en santé mentale, la guérison ne se limite pas à la stabilisation clinique : elle passe aussi par la famille, la communauté et la possibilité de retrouver sa place dans la société.















