Dans une tribune publiée dans le Daily Mail, Figo ne cherche pas la nuance. Il décrit un comportement qu’il juge malhonnête et intéressé, allant jusqu’à dire qu’il n’a jamais rien vu d’aussi bas dans le football. Pour lui, Infantino a trahi la fonction qu’il avait promis d’honorer : il l’accuse d’avoir menti et d’avoir cherché à s’enrichir sur le dos du sport qu’il est censé protéger. La formule qui résume tout, il la livre en trois mots à peine : le président doit s’en aller, tout de suite.
Ce qui a mis le feu aux poudres, c’est le projet FIFA Forward Enterprise, un plan visant à ouvrir le capital commercial de la FIFA à des investisseurs privés, y compris sur des actifs liés à la Coupe du Monde. Le projet a fini par être abandonné devant la levée de boucliers de l’UEFA et de plusieurs fédérations, mais le mal était fait : Figo affirme qu’Infantino cherchait avant tout à s’assurer, à titre personnel, un poste très lucratif une fois la manœuvre aboutie. La crise a pris une tournure encore plus grave avec l’ouverture d’une procédure pénale en Suisse, où le président de la FIFA est soupçonné de collusion avec la justice fédérale, dans le sillage de l’affaire Fifagate.
Face à la tempête, Infantino n’est pas resté les bras croisés. Il multiplie les consultations avec les fédérations membres pour verrouiller ses soutiens avant l’élection présidentielle de mars 2027, à laquelle il reste pour l’instant le seul candidat déclaré. Et c’est précisément là que le Cameroun entre dans l’équation.
Pourquoi cette crise concerne aussi Yaoundé
Le socle politique du président de la FIFA repose en grande partie sur l’Afrique, l’Asie et l’Océanie, des zones où son bilan reste globalement salué. Le Cameroun n’est pas un spectateur neutre dans cette histoire : la FECAFOOT, présidée par Samuel Eto’o, a construit ces dernières années une relation de proximité assez nette avec Infantino.
Il suffit de se souvenir de l’inauguration, en mai 2026, du nouveau siège de la fédération camerounaise à Yaoundé, dans le quartier de Warda. Une partie du financement de ce chantier, resté en suspens pendant plus de quatorze ans, provient d’un plan d’aide de la FIFA débloqué pendant la pandémie de Covid-19. Infantino, absent physiquement mais présent par message vidéo, avait salué la ténacité d’Eto’o et présenté le bâtiment comme une nouvelle étape pour le football camerounais sur la scène continentale. Patrice Motsepe, vice-président de la FIFA et président de la CAF, avait fait le déplacement en personne, aux côtés du Premier ministre Joseph Ngute.
Cette proximité illustre un principe simple : quand la FIFA finance, structure et légitime les projets d’une fédération, cette fédération a peu d’intérêt, à court terme, à lâcher la main qui la nourrit. C’est le calcul que font sans doute beaucoup de dirigeants africains aujourd’hui, alors que les appels à la démission se multiplient en Europe.
Mais cette dépendance a aussi un revers. Si la crise s’aggrave, si la procédure pénale suisse prend de l’ampleur, ou si d’autres fédérations africaines choisissent de lâcher Infantino, la FECAFOOT pourrait se retrouver dans une position inconfortable : soutenir un président affaibli et contesté, au risque de payer le prix d’un mauvais calcul politique, ou infléchir sa position, au risque de fragiliser des projets et des financements déjà engagés.
Un scrutin de mars 2027 sous haute tension
L’élection présidentielle de la FIFA, prévue en mars 2027, s’annonce comme un test de vérité pour tout l’écosystème du football mondial, y compris pour les fédérations africaines qui ont, ces dernières années, bénéficié des largesses de l’instance. Pour le Cameroun, l’enjeu dépasse la simple sympathie personnelle envers Infantino : il s’agit de savoir quel visage aura la gouvernance mondiale du football dans les années à venir, et quelles conséquences ce choix aura sur le financement des infrastructures, des compétitions de jeunes et des programmes de développement dont la FECAFOOT a directement profité.
La sortie de Luis Figo n’est peut-être qu’un épisode de plus dans une crise qui dure depuis plusieurs semaines. Mais elle rappelle une chose essentielle : dans le football mondial, aucune fédération, pas même la FECAFOOT, ne peut se permettre de regarder la tempête sans se demander de quel côté elle se trouvera lorsqu’elle éclatera pour de bon.














