Quand la vie vous enlève une jambe, mais pas vos rêves
Quand le Cameroun célèbre ses héros des Jeux du Commonwealth 2026, un nom mérite une attention particulière : Cédric Idriss Lekezo Azamdzi. Derrière sa médaille de bronze au lancer du poids F57 se cache une histoire qui dépasse largement le sport. C’est l’histoire d’un homme qui a refusé de laisser le destin écrire la fin de son parcours. Comme beaucoup de jeunes Camerounais, Cédric quitte très tôt son milieu d’origine pour Yaoundé, avec un seul objectif : se construire un avenir. Il enchaîne les petits métiers. Il vend des bijoux dans les rues de la capitale, s’essaie au rap avec l’espoir de vivre de sa passion et se lance même dans l’élevage de poussins. Une vie de débrouillard, comme on en connaît tant chez nous.
Puis survient le drame.
Au quartier Maétur Mendong, un accident de circulation bouleverse son existence. Il perd sa jambe gauche. Beaucoup auraient abandonné. Lui a choisi de recommencer. À sa sortie de l’hôpital, il transforme sa douleur en musique avec un titre au refrain poignant : « La route est longue, si j’avais su, pour mon pied je ne serais pas monté. » Une manière de raconter sa souffrance, mais surtout d’annoncer qu’il n’avait pas dit son dernier mot. Très vite, il retourne travailler. Il reprend la vente de bijoux, relance son élevage de poulets et refuse de laisser son handicap définir son avenir.
Le bronze du Commonwealth, la récompense d’un guerrier
Le sport ne l’avait jamais quitté. Déjà enfant, il faisait parler son talent lors de la Coupe Top. Après son accident, il retrouve cette passion au Centre National de Réhabilitation des Personnes Handicapées (CNRPH) de Yaoundé, où il découvre le basketball en fauteuil roulant et décroche plusieurs distinctions. Son mental de combattant le pousse ensuite vers le para-athlétisme, où il se spécialise dans les disciplines de lancer. Les résultats suivent rapidement. En 2024, il remporte la médaille d’argent au Grand Prix de Tunis au lancer du poids F57 et représente également le Cameroun au Grand Prix de Dubaï au lancer de disque où il s’en sort avec une médaille de bronze. Ces performances internationales annonçaient déjà l’éclosion d’un grand champion.

Aujourd’hui, sa médaille de bronze aux Jeux du Commonwealth est l’aboutissement de longues années de sacrifices, de travail et d’une foi inébranlable en ses capacités. Au-delà de la performance, Cédric Lekezo est devenu un symbole. Un exemple pour toutes les personnes vivant avec un handicap, mais aussi pour tous ceux qui pensent que tout est fini après une épreuve. Son parcours rappelle qu’aucune chute n’est définitive tant que l’on trouve la force de se relever. Le Cameroun tient en lui un champion capable d’écrire encore de grandes pages de l’histoire du sport paralympique. Avec un meilleur accompagnement, des infrastructures adaptées, un suivi médical et des moyens d’entraînement à la hauteur de son talent, Cédric Lekezo possède le potentiel pour viser les plus hautes marches des Jeux paralympiques.

Son bronze au Commonwealth est une victoire. Mais il pourrait bien n’être que le premier chapitre d’une histoire encore plus grande.















